Emma Picard
Les applications santé ne sont pas dans le top 10 des applications les plus utilisées, mais leur utilisation n’en reste pas moins massive. Ces dernières connaissent une croissance exponentielle. Alors qu’on en dénombrait 165 000 en 2015, on retrouve en 2018 plus de 325 000 applications mobiles de santé disponibles sur les différentes plateformes de téléchargement dans le monde. Celles-ci représentaient un marché estimé à 23 milliards d’euros en 2016. On estime que pas moins d’un français sur 5 utilisent quotidiennement des applications santé.
Aujourd’hui, les smartphones proposent des applications de santé directement préinstallées, comme Samsung Health, parmi toutes les applications répondant aux fonctions de base d’un téléphone, applications gratuites donc. Il existe des milliers d’autres applications santé téléchargeables gratuitement. Ces applications permettent aux utilisateurs de prendre en charge leur santé à moindre coût, sans avoir besoin de prendre rendez-vous avec un spécialiste. L’utilisateur ne verse donc pas directement de l’argent, mais les designers ont pourtant besoin de monétiser leurs applications. Les applications de santé ne sont ainsi pas exemptes de publicités que l’utilisateur accepte finalement, comme un échange contre ce que lui apportent les applications. Mais on peut aussi souligner un autre coût, invisible dans cette gratuité, pour les utilisateurs. Celui de l’utilisation des données personnelles. La plupart des applications fournissent les données personnelles d’utilisateurs, à leur insu, à des sociétés qui les agrègent pour revendre ensuite aux annonceurs des profils bien précis et ciblés. Plus inattendu, les applications payantes y ont-elles aussi recours, 40% des applications santé payantes n’ont pas de politique de confidentialité et 30% envoient des données à des tiers sans en informer l’utilisateur.
Même si un grand nombre d’applications sont gratuites, cela ne concerne que quelques fonctionnalités. C’est par exemple le cas d’une des applications de santé les plus prisée pour aider les gens à se mettre en forme, Runkeeper. Elle permet aux utilisateurs de suivre leurs exercices, de fixer des objectifs et de voir les progrès en cours de route. Les fonctionnalités de la création d’un plan sur mesure en combinaison avec la fonctionnalité pour atteindre ses objectifs sont la spécificité de cette application. Mais la version de base, limitée, gratuite, ne permet aux utilisateurs que de suivre leurs mouvements et leurs statistiques basiques. La version « Premium », c’est-à-dire payante, fournit un ensemble complet de fonctionnalités, comprenant les prévisions météorologiques, des séances d’entraînement prescrites et des plans de formation, permettant d’aller encore plus loin dans l’accompagnement.
Mais toutes ces applications deviennent vite addictives, et l’utilisateur souhaite souvent aller plus loin. Pour cela il n’a plus le choix. S’il veut plus de fonctionnalité, l’utilisateur doit payer. Et l’application ne cesse de lui rappeler, lorsqu’il clique sur une rubrique différente ou simplement lorsqu’il ouvre son application. Plus intéressant est que l’utilisateur une discrimination par les prix, celui-ci peut, selon son profil, bien souvent obtenir une extension différente à un prix différent.
Mais les liens économiques des applications de santé vont plus que ceux entre l’utilisateur et le designer. Les applications de santé sont de plus en plus utilisées par des professionnels de santé.
Outre les applications sportives et nutritives, il existe en effet une multitude de « vraies » applications santé, des applications spéciales destinées directement aux patients. On pourrait citer les applications développées par les Hôpitaux universitaires de Genève, avec l’application Webdia pour les diabétiques par exemple. Ces applications de santé semblent avoir un impact important sur les dépenses de santé, en améliorant l’observance, en permettant l’accès aux soins à domicile et dans les déserts médicaux, en évitant les consultations inutiles, en développant une culture de la prévention santé. Voilà autant de bénéfices pour la santé des utilisateurs qui s’estimaient à une économie d’environ 99 milliards d’euros par an en 2017 en Europe. Ces applications permettent finalement aux patients d’auto-gérer leur santé, c’est une médecine plus préventive qui se dessine à travers ces applications.
L’aventure des applications de santé pourrait aller encore plus loin. Une entreprise d’assurance allemande expérimente actuellement un tout nouveau concept de suivi de ces utilisateurs avec une application mobile. Celle-ci enregistre l’hygiène de vie de ces clients, et en fonction de leur résultat les utilisateurs ont un tarif différencié. Pour en savoir plus sur ce concept et ses limites, c’est par ici : https://fonio.medialab.sciences-po.fr/liskov/read/a5e3c9ad-1612-47e9-ab7a-8494744147fe
Mais alors les applications mobiles sont-elles finalement l’avenir de la santé ?