Test de l’application « Runastic »

Simon Josserand

Le running en tant que pratique sportive concerne en France environ 13 millions d’individus de 15 ans et plus pour un marché représentant environ 850 millions d’euros selon le syndicat professionnel Union Sport et Cycle. Il s’agit d’un phénomène en augmentation puisque en 2002 16% des personnes interrogées déclaraient courir tandis qu’elles étaient 22% en 2016. Les raisons de cette croissance sont multiples : accessibilité, prise de conscience, tendance culturelle entre autres. Cependant l’apparition de nouveaux outils numériques vient révolutionner cette pratique dont les performances individuelles vont servir une série d’acteurs sociaux et économiques grâce à l’émergence d’applications smartphones spécifiquement dédiées. Avec 7,9 Millions de paires vendues chaque année sans compter les nombreux accessoires ainsi que l’utilisation massive des réseaux sociaux aux profils de plus en plus complets et interactifs, des enjeux économiques mais aussi sociétaux se combinent sous couvert d’un rapport au corps et à la collectivité potentiellement transformée.

De là nous proposons à partir de l’application Runnastic et de la description de son fonctionnement d’introduire les enjeux mentionnés précédemment. En effet, les fonctionnalités de cette application paraissent significatives au regard des problématiques posés et méritent une analyse détaillée.

Tout d’abord les caractéristiques d’une application sur smartphone dans le domaine du sport sont les suivantes : évaluation en temps réel des performances, suivi de la progression dans le temps et élaboration programmes spécifiques.

Sur ces captures d’écran nous voyons un premier aperçu des fonctionnalités basiques proposées par l’application. Il convient de noter que d’autres plus précises sont disponibles : évaluation de la fréquence cardiaque, dénivelé effectuée etc. Également la capture d’écran située à droite expose les différents programmes sportifs proposés par l’application.

Aussi, l’application permet d’inclure la performance sportive individuelle dans une communauté sportive virtuelle. La communauté ainsi créée voit l’apparition de rapports sociaux d’un genre nouveaux où les individus sont confrontés aux performances des autres Ces rapports sociaux consistent en la (a) comparaison entre individus, (b) l’échange d’information et (c) l’appartenance à une communauté virtuelle.

  1. L’application Runnastic à priori actuellement l’une des plus complètes sur le marché dans le domaine des applications smartphones de running- propose un classement entre les membres utilisant l’application. Son utilisation régulière permet donc de classer les individus entre eux et voit la création d’un nouvel outil de comparaison.
  • Aussi la communauté crée par l’application se déploie à l’échelle d’une ville de taille suffisante (Ex : Paris)  pour regrouper des individus partageant un même objectif sportif. L’application sert donc également de plateforme d’échange entre individus et modifie substantiellement les rapports sociaux par la pratique du sport dont les performances servent d’outils d’auto-évaluation, de comparaisons et même communication. En effet, ceux-ci se voient potentiellement étendus si l’on compare avec des rapports sociaux classiques (club de sport, cercles amicaux ou familiaux) dans ce domaine.
  • Finalement la communauté virtuelle ainsi créée permet de recréer des rapports entre individus au sein même de l’application. Ainsi l’idée de réseau est ici déterminante d’autant que cette communauté est aussi reliée à d’autres réseaux comme Facebook / Twitter / Instagram où la performance peut être partagée et mise en valeur.

Par ailleurs, la pratique sportive du running permet par le biais de l’application que le corps de l’individu se voit intégrer numériquement. Sa performance, son potentiel de progression et sa possible amélioration sont systématiquement évalués.

En effet, la collecte de données sur le corps (taille / poids / âge / condition physique) préalable à l’utilisation de l’application constitue un apport essentiel d’information pour celle-ci.

Le traitement de ces données par une plateforme numérique vient donc modifier le rapport à son corps pour l’individu. En effet, l’évaluation n’est plus personnelle (pratique individuelle du running) ou effectuée par un individu tiers (pratique collective au sein d’un club) mais numérique. L’application joue le rôle d’un coach virtuel qui connaît tous les points forts et points faibles de l’individu.

Finalement c’est la question de la publicité et des intérêts économiques intégrés à l’application qui constitue un point important de notre analyse. Runnastic a la particularité d’appartenir un grand groupe d’équipement sportif : Adidas qui par le biais de cette application rachetée en 2015 délivre un certain nombre de publicités avec l’objectif de conquérir de nouvelles parts du marché du running. Cette stratégie d’intégration globale où l’individu se voient offrir une gamme très complète de service par un seul et même acteur économique est aujourd’hui de plus en plus utilisée. C’est à la fois un moyen d’obtenir des données numériques pour comprendre les comportements et adaptés au plus près des besoins l’offre ainsi que de sensibiliser à la marque en question.

La première image constitue une publicité d’évidence ciblée, la seconde concerne les conditions de traitement des données servant à la délivrance d’un service personnalisée par l’application.

La dernière image ci-dessous spécifie les données traitées qui sont potentiellement utiles à l’établissement de profil running type et donc servent par un traitement global à la rentabilité même sans achat, de l’application.

Sources  introduction :

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