À l’ère du numérique : les datas, une nouvelle mine d’or pour les entrepreneurs ?

Sarah Vennen

Nous savons tous, par la simple acquisition d’un passeport, par l’adhésion à la sécurité sociale, peut être aussi un par un bail d’habitation, que les institutions étatiques détiennent des bases de données sur nous. D’autres exemples tels que les dossiers à fournir pour l’obtention d’une carte de réduction pour un supermarché, d’une signature de pétition, d’un abonnement téléphonique ou bien encore d’une donation pour une ONG, nous montrent également la quantité d’information personnelles que nous partageons. Dans notre quotidien et au cours de la plupart de nos activités, nous donnons des informations personnelles à des personnes extérieures.

Toutefois, il est beaucoup plus difficile à imaginer, voire à concevoir, que les compagnies dont on ignore même l’existence, puissent détenir un nombre considérable d’informations sur nous. D’autant plus que ces informations sont pour certaines superficielles et pour d’autres bien plus personnelles et privées. Ce paradoxe est notamment celui qui enflamme les débats autour des applications de sport, des applications dont la rentabilité repose en grande partie sur la récolte des données personnelles de leurs utilisateurs.

Pour analyser les enjeux autour de la collecte d’informations personnelles avec plus de précision nous allons tout d’abord classifier ces informations en deux catégories, en fonction de leur nature.

  • Informations traditionnelles et “conscientes” : Il est tout d’abord nécessaire de préciser que les informations comprises dans cette première catégorie sont obligatoires et nécessaires à la création de tout compte d’application de sport. Celles-ci sont désignées comme “traditionnelles” car les informations demandées à l’utilisateur à ce stade de création de son compte, sont des données que nous donnons de manière récurrente, dans les contextes très divers (nom, prénom, adresse mail etc.) Puis, elles sont conscientes car l’utilisateur, en inscrivant ses données dans les cases obligatoire, sait ce qu’il est entrain de faire et sait que dès lors, l’application aura enregistré ces informations sur lui. Néanmoins, comme seuls 7%[1] des internautes prennent systématiquement le temps de lire et comprendre les “Conditions générales d’utilisation”, le texte inhérent et fondateur de chaque application, les utilisateurs ne sont souvent pas conscients de la façon dont seront exploitées leurs données personnelles.
  • Informations personnelles et inconscientes : Toutefois, les applications de sport, avides de toujours plus d’informations, récoltent des données par d’autres moyens bien plus subtiles et discrets. En effet, par l’intermédiaire des téléphones portables, les applications ont accès à de nombreux renseignements sur nous, tel que notre position actuelle, nos déplacements, la rapidité de nos déplacements etc. Ces données, qui relèvent de notre sphère privée, constituent une surveillance quotidienne sur nos vies. Par inconscience ou imprudence nous ne savons souvent même pas que l’application détient des informations si détaillées et personnelles sur nous.

Pour les créateurs des applications de sport, ces deux types de données représentent de l’or. En effet, à l’ère du numérique et de la publicité ciblée, le potentiel des données personnelles réside notamment dans leur exploitation et analyse. Le travail d’exploitation de ces données, qui donnera lieu à un profilage de plus en plus précis au fil du temps, n’est pourtant généralement pas réalisé par les applications de sport elles-mêmes. Les applications constituent un intermédiaire entre les utilisateurs (potentiels consommateurs) et certaines firmes (vendeurs). Dans le cas des applications sportives, ce sont en particulier les magasins de vêtements et d’accessoires de sport (Go Sport, Puma, Roxy, Adidas…) qui seront potentiellement intéressés par l’achat des informations personnelles des utilisateurs. Celles-ci leur permettront par la suite de faire des offres très ciblées pour chaque utilisateur et de les faire au moment judicieux. Ce fonctionnement en réseau, qui engendre une forte coopération est nécessaire pour que les différents acteurs puissent maximiser leur profit.

La valeur qui réside dans des données personnelles, peut également être illustré par l’achat de plus en plus massif des applications de sport par ces grands magasins qui voient l’intérêt à s’approprier les informations, sans plus devoir passer par aucun intermédiaire. À titre d’exemple, Adidas a acheté l’application très populaire Runtastic en 2015 afin d’améliorer la rentabilité son secteur publicitaire et marketing en augmentant son domaine de contrôle.

Derrière ce type d’application de sport, se cache une logique fortement imprégnée du modèle capitaliste dans lequel la rationalisation et la recherche à tout prix du profit est centrale. Ceci explique pourquoi les applications mettent en oeuvre différentes stratégies, allant des plus évidentes aux plus malines, pour amasser le plus grand nombre de données personnelles sur les utilisateurs. Les datas sont aujourd’hui une source non-négligeable de profit, comme l’exemple des applications de sport et de la publicité ciblée nous le montre bien.


Pour plus d’informations, vous pouvez également consulter le travail d’un autre groupe de travail, travaillant aussi sur la question des datas et dont l’accès est ci-dessous :

[1] Sondage OpinionWay pour Society France, “Seuls 7% des internautes français lisent attentivement les conditions d’utilisation” BFM Tech, 04/06/2018

Bibliographie :

  • Numerama, “Adidas croque Runtastic et défie Nike dans les applis de sport”, Julien Lausson, 6 août 2015
  • Sondage OpinionWay pour Society France, “Seuls 7% des internautes français lisent attentivement les conditions d’utilisation” BFM Tech, 04/06/2018
  • 20 Minutes, “Comment la pub sur Internet vous suit à la trace”, Bertrand de Volontat, 23/11/12
  • Le Monde,“Comment la publicité ciblée peut être utilisée pour espionner les particuliers”, 19/10/2017

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